La Terre inhabitable : vivre avec 4 °C de plus
21,00 Disponible - Expédié sous 3 à 6 jours ouvrés
Ajouter au panier
par Yann Caroff, le 06/01/2020

Un livre qui tire la sonnette d'alarme

"La situation est pire, bien pire que vous ne l'imaginez." Le ton alarmiste est donné dès la première phrase de "La Terre inhabitable" de David Walace-Wells, un best-seller mondial sorti en 2019, écrit par un journaliste qui fait correctement son travail. Très bien documenté au niveau scientifique, il bénéficie de l'efficacité de l'écriture et prend le parti d'amener le lecteur à prendre conscience de la catastrophe planétaire en cours depuis quelques dizaines d'années et dont les premiers effets se font seulement ressentir maintenant. Sous l'angle du réchauffement climatique, l'ouvrage nous détaille ce que serait la vie avec 4°C de plus en moyenne annuelle. Et c'est bien là que l'on se rend compte que ce n'est pas une vie en tongs et lunettes de soleil au bord de la Seine ou de la Moselle qui s'annonce, mais bien un cycle nouveau. Je ne peux pas m'empêcher de repenser avec un certain cynisme à ces discussions que j'ai eues il y a longtemps avec des tenants du new age qui voyaient en le XXIème siècle l'arrivée de l'ère du verseau, éminemment spirituelle. Que cette ère du "verse-eau" s'annonce au travers des mégafeux récurrents qui seront la norme sous 4°C de plus, des sécheresses, des pénuries en eau, de la disparition de la vie au niveau de l'équateur et jusqu'aux tropiques a quelque chose de tristement ironique. Quant au côté spirituel de la chose, si le scénario moyen du GIEC se produit comme annoncé (sachant que les scientifiques sont des gens extrêmement prudents et mesurés), et s'il reste des humains avec quelques espèces animales et végétales, il est indéniable qu'il faudra beaucoup de spiritualité pour supporter la vie au sein de la planète-étuve. Quoi qu'il en soit, à 4°C de plus, c'est la chaleur, la faim, la soif, des océans acides, un "air irrespirable", une économie qu'il faudra reconstruire sur les ruines de l'ancienne dopée aux énergies fossiles qui ne seront plus disponibles dans les mêmes mesures. Et évidemment des conflits probables autour de l'accès aux ressources de base. "Le monde a au plus trois décennies pour se décarboner complètement avant que ne débutent les véritables horreurs. Il n'y a pas de demi-solutions à une crise si vaste." Malgré cela, l'auteur ne se résigne pas, ne renonce pas, il croit qu'il faut désormais se préparer à ce nouveau monde en essayant de limiter les dégâts. Mais le faire à l'échelle personnelle est absolument insuffisant. "Manger bio, c'est bien, mais si votre but est de sauver le climat, le plus important, c'est votre vote. La politique, c'est un multiplicateur de morale." La politique est un multiplicateur de morale. Rien que pour cette phrase, ce livre vaut le coup. Mais attention, ce qui est perdu est perdu, et les effondrements sont en cours. Pour l'auteur, il s'agit maintenant de "normaliser la souffrance liée au climat". En gros, le temps de prévention est globalement passé, il nous reste encore une chance de ne pas trop souffrir et de ne pas emporter le reste des espèces dans notre chute...