Douces déroutes
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Douces déroutes

de

chez Sabine Wespieser éditeur

Collection(s) : Littérature

Paru le | Broché

Grand format Livre broché
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Marie Morel (Le Comptoir des mots)

Haïti et ses multiples facettes narrées à travers la croisée des chemins de personnages plus ou moins familiers du pays...

Mais surtout quelle sensualité !

Quelle superbe écriture !

Chronique Page des libraires, rédigée par François Reynaud Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

« Nommer certaines choses est devenu un délit et non le fait que ces choses existent. » Voilà dans quel paradoxe on doit exister à Haïti si l’on tient à sa vie et à celles de ceux qu’on aime. Qu’il y ait au quotidien sur cette île des crimes impunis, une corruption politique éhontée et des exactions en tous genres sans que jamais la loi ne punisse scélérats et profiteurs, voilà qui devrait porter le peuple haïtien à se soulever de colère. Or il n’en est rien. Et malheur à celui que la révolte portera car toutes les balles qui fusent à tort et à travers dans les rues de Port-au-Prince ne sont pas perdues pour tout le monde. Douces déroutes commence par une lettre du juge Berthier adressée post-mortem à sa femme dans laquelle, anticipant son propre assassinat, il l’exhorte à rester fière et à ne jamais plier les genoux, à ne jamais céder le moindre empan de sa dignité humaine face à la barbarie. Ce juge, dont la mémoire hante chaque page du roman, est mort pour avoir voulu en savoir trop, pour avoir accumulé des preuves accablantes envers le pouvoir tout en sachant pertinemment que ce dernier ne le laisserait pas agir ainsi sans réagir. Il est mort pour que Brune, sa fille à la voix « cassée comme la rocaille et douce comme le pécher », puisse continuer à chanter sa liberté d’aimer et la beauté de son île, quitte à la quitter un jour ou l’autre, et partir à l’étranger une bonne fois pour toute. En attendant, quelques mois après cette disparition, Brune chante toujours malgré la douleur et la colère qui l’habitent. Sa voix, plus puissante que jamais, fait des ravages. Son envie de vivre est décuplée par la rage. C’est accompagnée de quelques amis, de son oncle Pierre et d’un journaliste français dont elle tombe très vite amoureuse, qu’elle tente d’éclaircir cette affaire et entraîne le lecteur dans ses pas. On croisera à sa suite une flopée d’âmes hésitantes, des mafieux, des miséreux, des ambitieux et des poètes, visages fulgurants qui dessinent un parcours abîme à l’intérieur de ce chaudron bouillant qu’est Port-au-Prince. Douces déroutes, on l’aura compris, se lit comme une enquête, prétexte tout trouvé à l’exploration d’une île en suivant ses chemins les plus noirs. Imagine-t-on d’ailleurs une quelconque histoire se terminer bien dans cette contrée maudite qui baigne depuis trop longtemps dans une torpeur secouée d’accès de violence meurtriers ? Yanick Lahens raconte ce pays misérable peuplé de vaincus qui n’en finissent pas de perdre et de vainqueurs pitoyables, tout en laissant transparaître l’amour infini qu’elle lui porte. De son écriture rythmée et syncopée, se dégage une musicalité envoûtante, litanie tour à tour pleine d’espoir, de colère et de désarroi qui tente de donner, enfin, la parole aux habitants de ce point noir de l’Atlantique qui sombre chaque jour un peu plus dans un oubli planétaire.

Douces déroutes. À Port-au-Prince, la violence n'est jamais totale. Elle trouve son pendant dans une « douceur suraiguë », douceur qui submerge Francis, un journaliste français, un soir au Korosòl Resto-Bar, quand s'élève la voix cassée et profonde de la chanteuse, Brune.

Le père de Brune, le juge Berthier, a été assassiné, coupable d'être resté intègre dans la ville où tout s'achète. À l'annonce de la mort de ce père qui lui a appris à « ne jamais souiller son regard », la raison de sa fille a manqué basculer. Six mois après cette disparition, tout son être refuse encore de consentir à la résignation.

Son oncle Pierre n'a pas non plus renoncé à élucider ce crime toujours impuni. Après de longues années passées à l'étranger, où ses parents l'avaient envoyé très jeune - l'homosexualité n'était pas bien vue dans la petite bourgeoisie -, il vit reclus dans sa maison, heureux de rassembler ses amis autour de sa table les samedis.

Aux côtés de Brune et de Pierre ; d'Ézéchiel, le poète déterminé à échapper à son quartier misérable ; de Nerline, militante des droits des femmes ; de Waner, non-violent convaincu ; de Ronny l'Américain, chez lui en Haïti comme dans une seconde patrie, et de Francis, Yanick Lahens nous entraîne dans une intrigue haletante. Au rythme d'une écriture rapide, électrique, syncopée, comme nourrissant sa puissance des entrailles de la ville, elle dévoile peu à peu, avec une bouleversante tendresse, l'intimité de chacun. Tout en douceur, elle les accompagne vers l'inévitable déroute de leur condition d'êtres humains. Russell Banks l'affirme dans sa préface à l'édition américaine de Bain de lune : « Ce qui est indéniablement vrai des personnages de Lahens l'est indéniablement pour chacun d'entre nous. »
A Port-au-Prince, le père de Brune, le juge Berthier, est assassiné, sans doute pour avoir refusé de se laisser corrompre. La jeune femme refuse de se résigner à la prudence, comme le lui suggère l'homme qu'elle aime, Cyprien Novilus. Pierre, le frère de la victime, la réconforte en continuant à enquêter, même si d'anciens condisciples tentent de l'en dissuader. ©Electre 2019
Format : Broché
Poids : 257 g
Dimensions : 14cm X 19cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-84805-280-9
EAN : 9782848052809

Du même auteur : Yanick Lahens