Ecoute la pluie Feuilleter
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Ecoute la pluie

De Michèle Lesbre chez Sabine Wespieser éditeur

Collection : Littérature
Broché 100 pages
Paru le 07/02/2013
14,00
Disponible - Expédié sous 5 jours ouvrés

Écoute la pluie. «Puis le ronflement sourd de la rame qui s'approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s'est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j'ai cru qu'il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté.»

Avant que le vieil homme ne se jette sur la voie en lui adressant son dernier sourire, la narratrice partait rejoindre l'homme qu'elle aime à l'hôtel des Embruns. Le choc a fait tout basculer. Plutôt que d'aller à la gare, elle s'enfonce dans les rues de Paris pour une longue errance nocturne sous l'orage. Revenue chez elle au petit matin, toujours incapable d'expliquer à son amant pourquoi elle n'était pas au rendez-vous, elle murmure à son intention le récit de sa nuit blanche. Lui, le photographe pour qui les mots ne sont jamais à la hauteur, sera-t-il capable de comprendre l'énigmatique message qu'elle finit par lui laisser : «Écoute la pluie» ?

Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une oeuvre lumineuse qu'éclaire le sentiment du désir et de l'urgence de vivre.

Conseils des libraires

« J’ai toujours eu peur de l’oubli, cette grande nuit aveugle. » Cette phrase éclaire toute l’œuvre de Michèle Lesbre. Elle est extraite de Victor Dojlida, une vie dans l’ombre, récit réédité aujourd’hui par Sabine Wespieser. Elle y rend hommage à un fils d’ouvriers polonais ayant émigré en Lorraine. Entré très jeune en Résistance, il connaîtra la déportation, puis de longues années de prison en France après-guerre pour n’avoir pas cessé de se rebeller contre le nouvel ordre établi sur les scories de la Libération. Ce retour sur la mémoire, Michèle Lesbre en fait le point de départ de son nouveau roman. Il s’agit cette fois d’un vieil homme inconnu, « le petit monsieur de la station Gambetta », à qui elle a dédié jadis Le Canapé rouge. Sur le quai du métro, après un sourire échangé, la narratrice assiste au drame : « Il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté ». Bouleversée, elle renonce à prendre le train pour Nantes et retrouver celui qu’elle aime, un photographe avec lequel elle a rendez-vous à l’hôtel des Embruns. « Je portais toute une vie qui était entrée dans la mienne par effraction ». Commence alors une errance nocturne dans Paris, référence probable à Modiano. Chaque souvenir en appelant un autre, tout lui revient dans un flux incessant. Et c’est bien cette fluidité, ce mouvement de la mémoire fonctionnant par échos qui fait la singularité de Michèle Lesbre. De La Petite Trotteuse au Lac immense et blanc, elle continue d’explorer ces failles du temps d’où surgissent, comme par glissement, des pans entiers du passé. Elle affectionne les lieux intermédiaires et les lisières, comme les gares, les trains ou les plages qui symbolisent la fuite du présent, la sensation d’être dans un entre-deux provisoire. Les images des voyages passés reviennent aussi, la moiteur de Cuba et l’ombre d’Hemingway, Trieste, la ville frontière fréquentée autrefois par Svevo et plus tard par Magris. Tout un théâtre d’ombres s’anime ainsi, tandis que la narratrice déambule dans les rues. La nostalgie des moments d’amour affleure, alors que le couple, séparé « seulement par les kilomètres », n’a jamais réussi à s’installer, préférant les rendez-vous imprévus, les attentes, « ces instants suspendus, incertains, provoquant parfois de délicieuses émotions », allusion à peine déguisée à la notion de l’instant comme « apparition disparaissante » développée par Jankélévitch, philosophe dont on peut dire que Michèle Lesbre traduit en littérature la pensée sur la fuite du temps. Ce voyage au bout de la nuit parisienne, en une lente « modification » intime, agira comme un appel d’air vers « la grâce des jours heureux », tremplin du désir de vivre à plein temps. 

Biographie

Son douzième livre a été inspiré à Michèle Lesbre par le «petit monsieur de la station Gambetta» à qui est dédié Le Canapé rouge (Sabine Wespieser éditeur, 2007). En même temps que ce nouveau roman, reparaît un récit publié pour la première fois en 2001, hommage à un autre disparu, Victor Dojlida, une vie dans l'ombre.

L'essentiel de l'oeuvre de Michèle Lesbre, qui vit à Paris, est réuni dans le catalogue de Sabine Wespieser éditeur.