En finir avec Eddy Bellegueule
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En finir avec Eddy Bellegueule

de

chez Seuil

Collection(s) : Cadre rouge

Paru le | Broché 219 pages

Grand format Livre broché
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Chronique Page des libraires, rédigée par François Reynaud Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

Longtemps encore après avoir refermé En finir avec Eddy Bellegueule, la stupéfaction persiste. L’impression d’avoir lu un livre écrit avec un sentiment de nécessité comme on en rencontre rarement. Ce qui reste, c’est cette impression d’avoir traversé un roman d’un autre siècle, embourbé dans une France d’avant, une France que l’on ne veut plus voir, dont on aurait un peu honte et dont il n’y a effectivement aucune raison d’être fier. Une France refoulée qu’Édouard Louis nous balance magnifiquement en pleine figure et que l’on a tellement de mal à admettre comme contemporaine à la nôtre. Et pourtant ! Toute la misère de ce roman s’est épanouie en Picardie durant la grosse dizaine d’années qui vient de passer… Car Eddy Bellegueule a bel et bien existé. Eddy Bellegueule, c’était le nom d’Édouard Louis, l’auteur de ce livre, avant qu’il n’en change pour un matricule moins tape à l’œil. Il a grandi dans un village oublié, au sein d’une famille recomposée de sept enfants, survivant tant bien que mal avec 700 euros d’allocations mensuelles. Une indigence de moyens qui n’avait d’équivalent que la crasse intellectuelle et sentimentale prospérant sous ce toit. Des gens simples, fiers de l’être en apparence. Une mère qui ne « joue pas à la Madame » et multiplie les ménages à droite à gauche pour essayer d’améliorer ce quotidien de boue ; un père qui n’aime ni les pédés ni les Arabes, sans d’ailleurs voir beaucoup des uns ou des autres dans les environs. Et qui boit beaucoup, bien sûr. Mais qui ne boit pas ici, dans ce village où tout le monde s’épie, où les ragots blessent et marquent les mémoires, et où l’on se réjouit de la douleur de son semblable ? L’auteur le sait : ces gens sont plus à plaindre qu’autre chose, il s’agit de gens qui ne s’aiment pas, qui ne savent pas aimer, comme s’ils étaient amputés des sentiments. Édouard Louis ne les épargne pas pour autant, il les montre sous leur véritable jour, c’est-à-dire un très mauvais jour. Il y a tellement d’alcool, tellement d’humiliations ravalées, d’orgueil piétiné et de méchanceté partagée derrière ces croisées qui laissent entrer tellement peu de lumière. Trop de poids pèse sur eux. Trop de conventions de classe leur colle à la peau, comme cette inévitable odeur de frites. Comment pourraient-ils donc reconnaître et admettre qu’une « tapette » vit parmi eux ? Eddy Bellegueule devra trahir son propre univers pour devenir Édouard Louis, et assumer envers et contre tout l’homme qu’il a toujours été. Et fuir bien sûr. Fuir le village, la famille, les coups, la haine du père. Fuir. Cela paraît tellement facile à faire. Ça l’est pourtant si peu ; et comme cela est si simplement dit : « on ignore qu’il existe un ailleurs ».

«Je suis parti en courant, tout à coup. Juste
le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait
le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je
refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà
loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais,
la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai
marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du
Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte
à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée
à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici.»

En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre
la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme,
sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car
avant de m'insurger contre le monde de mon enfance,
c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé
contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les
autres une source de honte, et même de dégoût.
Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite.
Ce livre est une tentative pour comprendre.
Elevé dans une famille ouvrière pauvre de Picardie, Eddy subit les quolibets et la violence de ses camarades, de son père alcoolique et de sa mère revêche qui le trouvent trop efféminé. Lui-même finit par se poser la question de son homosexualité. Premier roman. ©Electre 2020
Format : Broché
Nb de pages : 219 pages
Poids : 272 g
Dimensions : 14cm X 21cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-02-111770-7
EAN : 9782021117707

Du même auteur : Edouard Louis