Gonzo papers, Parano dans le bunker
facebook twitter

Parano dans le bunker

Gonzo papers

de

chez Tristram

Paru le

Grand format Livre broché
24.35 Disponible - Expédié sous 3 à 6 jours ouvrés
Ajouter au panier Frais de livraison

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Philippe Delamare, Françoise Grassin et Iawa Tate


Mme Florence Lorrain (Librairie Atout-Livre)

A propos des articles d'Hunter S. Thompson (dont la plupart ont été publiés dans les magazines "L'Observer", "Scanlan's Monthly" et "Rolling stone", des années soixante à 2005, date de sa mort), le critique littéraire Morris Dickstein disait qu' ils étaient follement aberrants, mais qu'Hunter S. Thompson donnait vraiment l'impression d'avoir été là.

Hunter S. Thompson avait été un énorme lecteur dés l'enfance. C'est pour avoir lu des écrivains tels que Mark Twain, Hemingway, Henry Miller ou George Orwell qu'il décida trés tôt de consacrer sa vie à l'écriture par le biais du journalisme -les années soixante commençaient, c'était le début de l'ère hypie, l'Amérique des Sixties était trop intéressante pour écrire de la fiction! Hunter s'était émerveillé de la façon dont ces auteurs avaient combiné les techniques de la fiction et du reportage ainsi que la manière d'appréhender les faits et événements -quels qu'ils fussent- en s'impliquant personnellement. Il apprit ainsi d'eux l'exact contraire de ce qui était enseigné dans les écoles de journalisme : la subjectivité, au lieu de l'objectivité et de l'impartialité qui y étaient prônées telles le fondement même de ce métier -une ineptie, selon Hunter S. Thompson, car cette méthode-là pouvait facilement être manipulée (et elle le fut, surtout par les hommes politiques).

Alors que le "Nouveau Journalisme" se développait à New York dans les années soixante sous l'égide de Tom Wolfe, Norman Mailer et truman Capote, Hunter S. Thompson alla plus loin encore, développant parallèlement ce que l'on appela par la suite le journalisme "gonzo" -terme employé par Bill Cardodo, journaliste au "Boston Club", signifiant, dans la région de Boston, le dernier pochard debout à la fin d'une bonne cuite collective : une technique unique, dont la marque de fabrique sera la transformation en épopée d'un épisode mineur où lui-même est l'intervenant, tout en traitant son sujet, d'un bout à l'autre de l'article. On citera pour exemple l'excellentissime article sur le skieur Jean-Claude Killy en mars 1970 (The temptations of Jean-Claude Killy) : tout en parlant trés finement du skieur, l'article est fondé sur la difficulté d'écrire sur quelqu'un d'aussi ennuyeux! ( l'article avait été une commande du magazine "Playboy" mais refusé car ne correspondant pas à la demande précise d'un court et simple portrait standard. Il n'en demeurait pas moins un article de fond brillant, intelligent et hilarant. Il parut finalement dans le tout récent et déjà excellent magazine "Scanlan's Monthly".) 

Lorsqu'à la fin de l'année 1960, Hunter S. Thompson traversa les Etats-unis à la façon du Kerouac de Sur la Route avec son ami d'enfance Paul Semonin (lequel devint le modèle d'un des personnages de son roman Rhum express), il écouta par hasard un discours de John Fitzgerald Kennedy à Salt Lake City (le pays étant alors en pleine campagne électorale opposant Richard Nixon et Kennedy). Ce fut pour lui un moment décisif, qui le mena au journalisme politique, sans pour autant abandonner la méthode "gonzo".

J'ai le grand malheur d'avoir été nourri par les visions et les rêves des grands Américains. Les poètes et les voyants. Une autre race d'homme l'a emporté. Ce monde en formation me remplit d'épouvante, avait écrit Henry Miller, dont l'influence sur Hunter S. Thompson fut déterminante. Ce dernier ressentit aussi cette "épouvante", qu'il exptima en dégainant des textes d'une véracité, d'une acuité impressionnantes, avec un sens de l'observation acéré et d'une sincérité absolue.

Profondément éprouvé par l'assassinat de John Kennedy le 22 novembre 1963, il écrivit une longue lettres à son ami, journaliste et écrivain, William Kennedy : Ce jour marque la fin d'une ère. La fin du fair play. A partir de maintenant, tous les coups sont permis. Les tarés ont brisé le grand mythe de la décence américaine. On peut me compter dans les rangs de ceux qui vont prendre les armes. Et s'il faut jouer vicieux, alors on va jouer vicieux. C'est l'époque où le pays bascule progressivement dans l'horreur de la guerre du Vietnam, c'est le début de l'ère Nixon, qui devint la bête noire d'HST -qui inspira de fait une bonne part de ses textes les plus mémorables : Richard Nixon : Le représentant le plus vil de cette espèce qu'on appelle "homme politique". Un monument à tous les mauvais gênes et les chromosomes brisés qui ont bousillé la réalité du Rêve Américain.

Si Hunter S. Thompson fut un immense journaliste, il fut surtout un grand écrivain : il va de soi que le plaisir du texte l'emporte dés qu'on commence à le lire, quel que soit le sujet de l'article. Tout comme il allait de soi que l'écriture le transportait lui-même... quel que fût le sujet de l'article. Il écrivait dans la fulgurance, ingurgitant drogues et alcool (un savant mélange qui lui permettait de rester éveillé toute la nuit) avec, pour carburant indispensable, la musique; plus particulièrement une chanson de Bob Dylan, Mister Tambourine Man, qu'il considérait comme l'hymne national du mouvement hippie. Quand bien même on retrouve dans sa prose l'effet explosif des drogues qu'il prenait, il ne s'agit pas pour autant d'une écriture de toxicomane, mais bel et bien celle d'un homme qui trouva sa voie et sa place dans ce monde grâce à la littérature. Pour preuve, ce témoignage lors d'un interview en 1989 : Je n'ai pas trouvé de dope qui puisse vous faire monter aussi haut qu'être assis à un bureau à écrire.

En 1958 (il avait alors vingt et un ans), il écrivait à un ami : Si certains se tournent vers la religion pour y trouver du sens, l'écrivain, lui, se tourne vers son art pour imposer du sens, ou pour extraire le sens du chaos, et aussi l'ordonner. Ce qu'il mit en pratique tout au long de son parcours de non fiction. Et, pour que le journalisme n'ait rien à envier à la fiction, il fallait que les articles résonnent pour l'éternité. C'est chose faite. C'est pourquoi il était important de réimprimer son oeuvre, qui a trouvé sa place dans l'Histoire de la littérature américaine -un travail considérable auquel se sont consacrés Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny, créateurs des excellentes éditions tristram.

Parano dans le Bunker correspond, avec Dernier Tango à Las Vegas, au volume 1 des Gonzo Papers (une anthologie des articles les plus mémorables d'HST parus aux Etats-Unis en 1979 sous le titre The Great Shark Hunt : Strange tales from a strange time (chez Simon and Schuster, collection "Summit Book" : ces deux volumes sont la réédition de ceux édités par Philippe Manoeuvre en 1981 aux Humanoïdes Associés dans la collection "Speed 17" sous le titre générique  La Grande Chasse au Requin (Volume 1 : L'Ancien Testament Gonzo , volume 2 : Le Nouveau Testament Gonzo). Trois autres volumes -inédits en français- sont en cours de préparation aux éditions Tristram, correspondant aux éditions américaines suivantes : Generation of swine : tates of shame and degradation in the 80' (1988) ; Songs of the Doomed: more notes on the Death American Dream (1990) ; Better than sex : confessions of a political junkie (1994).

Florence LORRAIN        

 

Poids : 470 g
Date de parution :
EAN : 9782907681841

Du même auteur : Hunter Stockton Thompson