La cause des livres
facebook google+ twitter

La cause des livres

de

chez Gallimard

Paru le

Grand format Livre broché
25.00 Délai de livraison : en fonction des délais fournisseurs, perturbés en cette période
Ajouter au panier Frais de livraison

Chronique Page des libraires, rédigée par PASCHAL DOMINIQUE, Librairie PRADO PARADIS, Marseille

La grand-mère de Mona Ozouf interpellait souvent sa petite-fille et sa fille par une injonction grondeuse : « quand vous aurez fini de jouer avec vos livres ». L’historienne et essayiste a su très tôt savourer le plaisir procuré par les mots et la pensée d’un écrivain en l’assimilant à un cadeau gratuit. Ouvrir ce recueil d’articles exclusivement publiés dans le Nouvel Observateur de 1982 à 2007, c’est découvrir son portrait de lectrice au milieu d’un pêle-mêle de textes et de biographies. La grande dame du monde des lettres a choisi de classer ses chroniques par thèmes : la littérature française, les correspondances, les portraits de femmes, ses périodes historiques de prédilection – la Révolution française et les Lumières – et les livres d’historiens contemporains et amis de l’auteur. On découvre dans « Patrie littéraire » une cohérence, ou plutôt une constance dans les intérêts et les curiosités de l’auteur. Jean Starobinski et son magnifique travail de recherches sur Montaigne ouvre ces chroniques littéraires. Son approche consacre la sortie de la critique formaliste, propre au structuralisme : « il n’explique pas Montaigne, il l’escorte », écrit-elle. Ici, Montaigne apparaît comme un « inventeur d’une manière heureuse de vivre avec soi, confiante et contagieuse ». Ces diverses recensions donnent à lire Bossuet, « Tout Saint-Simon », Madame de La Fayette, mais aussi Sainte-Beuve ou Virginia Woolf. L’historienne porte une attention toute particulière aux correspondances où une lettre affiche un pas de côté de l’auteur, une fraîcheur de jugement avant le sédiment de la critique. Flaubert et George Sand ont entretenu une correspondance riche, drôle, spontanée, imprévue. Dans les portraits de femmes, la biographie de Colette par Michel del Castillo révèle une identité française où les femmes sont visibles. Vladimir Nabokov, dans son ouvrage Littératures, dévoile la facette d’un enseignant aux cours chaotiques un peu sectaires. Dans cette « brocante » lumineuse, on est saisi par le style littéraire ample et quelquefois ironique où la langue travaillée s’applique à mettre en valeur et le sujet et son auteur. En effet, les chroniques suivent le cours de l’actualité et tous ces auteurs ne figurent pas dans le panthéon de Mona Ozouf, pour qui l’important est d’abord et avant tout la cause des livres. Lorsqu’on aborde le chapitre des historiens compagnons de route d’un engagement politique, le communisme dessine en creux le portrait de l’historienne. François Furet, après avoir rendu sa carte du Parti communiste, se posait la question fondamentale : quel est le socle de la croyance quand on n’a plus la foi ? De ces portraits émane une génération d’intellectuels liés entre eux par une culpabilité obscure : trop jeune pour avoir participé aux actions héroïques de la résistance au nazisme, cette jeunesse prendra les armes par le biais de la politique. Les textes réunis dans ce recueil esquissent le passionnant mouvement de la pensée.

Poids : 575 g
Date de parution :
EAN : 9782070134571

Du même auteur : Mona Ozouf