Le bonheur était pour demain
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Le bonheur était pour demain

les rêveries d'un ingénieur solitaire

de

chez Seuil

Collection(s) : Anthropocène

Paru le | Broché 366 pages

Public motivé

Grand format Livre broché
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Pendant des siècles, les chantres du progrès par la technique et la science appliquée ont promis à l'humanité le bonheur pour demain, ou au plus tard après-demain. L'emballement numérique, la perspective de technologies « révolutionnaires » ou « disruptives », les limites sans cesse repoussées, les annonces tonitruantes de milliardaires high-tech ont redonné un nouveau souffle aux promesses d'un monde technologique meilleur, d'abondance et de bonheur pour tous, de l'immortalité à la conquête spatiale, en passant par les énergies « propres » et la capacité à « réparer » une planète bien fatiguée.

Non content de tailler en pièces ce « technosolutionnisme » béat, du passé comme du présent, ignorant les contraintes du monde physique et de ses ressources limitées, l'auteur questionne aussi les espoirs de changement par de nouveaux modèles économiques plus « circulaires » ou le pouvoir des petits gestes et des « consomm' acteurs », face aux forces en présence et à l'inertie du système.

Une fois balayées les promesses mystificatrices ou simplement naïves, rien n'empêche de rêver, mais les pieds sur terre : nous pouvons mettre en oeuvre, dès maintenant et à toutes les échelles, une foule de mesures salutaires.

Et si, finalement, le bonheur était bien pour demain ?
L'auteur dénonce la thèse d'un progrès technologique et scientifique, garant d'un bonheur futur mais prône l'application de mesures salutaires à mettre an place aujourd'hui et dans tous les domaines. ©Electre 2019

Yann Caroff le 08/10/2019

Le monde est complexe: la preuve par Philippe Bihouix

Autant le dire tout de suite, je ne sais pas comment il est humainement possible d’être aussi intelligent que Philippe Bihouix. Je le connaissais déjà au travers de ses interviews sur Thinkerview, et j’ai eu la chance de le rencontrer lors d’une conférence sur la transition écologique. Cet homme est absolument brillant. Bluffant même. Parmi ses nombreuses qualités, celle qui prime est le fait de reconnaître que les sujets qu’il aborde sont compliqués, très compliqués, et ne peuvent pas être réduits à des slogans. Une autre de ses qualités est de ne pas se hasarder à des pronostics sur le futur lointain, tant il sait que c’est un exercice vain. Philippe Bihouix parle des 10-20 prochaines années en utilisant ses compétences d’ingénieur centralien pour tenter de comprendre les forces en présence. En se basant sur une connaissance extensive des énergies, des matières premières, des cycles de vie des matériaux, des mécanismes macroéconomiques, de la psychologie sociale, du monde politique, des grands penseurs et des grandes idéologies historiques, il nous raconte le présent, tente des explications a posteriori de ce qui a amené l’humanité au bord de l’auto-destruction, nous propose des éléments de réponse au travers d’une dizaine de dissertations qu’il intitule modestement promenades. Philippe Bihouix connaît ses classiques. Depuis Rousseau et Malthus, en passant par Dostoïevski, Schumpeter, ses références sont nombreuses et éclectiques et ses compétences transversales. Le livre est ponctué de citations fort à propos qui nous rappellent qu’avant lui nombre de penseurs ont contribué à la compréhension du monde, ont fait des paris sur l’avenir et se sont trompés, aussi bien les doomsdayers et autres collapsologues pour qui la fin du monde est proche que les cornucopiens et les startuppers pour qui la technologie résoudra les problèmes du jour d’ici 15 ans. Rien n’est sûr avec la météo du monde humain qui est devenu trop complexe pour être appréhendé dans sa globalité par des penseurs, et même pour se laisser modéliser par les technologies dernier cri (l’intelligence artificielle) ? Philippe Bihouix se définit comme plutôt pessimiste et je me laisse entraîner avec lui dans cette vision des choses que je qualifierais plutôt de lucide. Il ne croit pas à l’effondrement mais plutôt à une certaine continuité, tout en reconnaissant que le monde est chaotique et que tout est possible dans un sens comme dans l’autre. Il loue les efforts individuels de ceux qui ne croient plus au politique (consomm’acteurs, zéro déchet, végétariens…) tout en disant que le rapport de forces est inégal face au déferlement de plastique, et de technologies qui nécessitent toujours plus d’énergie pour fonctionner sans espoir de recyclage. A son avis, l’être humain continuera d’être humain, de subir la force magnétique destructrice du marketing, et s’adaptera simplement au monde poubelle qu’il contribuera à créer par effet colibri inversé. C’est toute la force du concept du déplacement du point de référence (shifting baseline).

“Le bonheur était pour demain” est un livre dont la densité fait qu’il doit être lu et relu plusieurs fois, peut-être même étudié, annoté, décortiqué. Il est fait appel à l’intelligence du lecteur et c’est un exercice qui peut être éprouvant tant la technique se mêle à l’économique et à l’histoire malgré une volonté indéniable de vulgariser. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de mal à se prendre un tel bain d’intelligence et à muscler sa compréhension du monde. Je me considère comme étudiant à vie et Philippe Bihouix est très clairement un maître qui fait désormais partie de mon panthéon personnel. Et quand il dit qu’à titre personnel, il est pour la sobriété dans la consommation parce que le moyen le plus efficace de recycler est de ne pas créer le déchet, et qu’il privilégie le low tech sur tout le reste, je le suis les yeux fermés.

Format : Broché
Nb de pages : 366 pages
Poids : 413 g
Dimensions : 14cm X 19cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-02-138861-9
EAN : 9782021388619

Du même auteur : Philippe Bihouix