Le ministère du bonheur suprême
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Le ministère du bonheur suprême

de

chez Gallimard

Collection(s) : Du monde entier

Paru le | Broché sous jaquette 535 pages

Grand format Livre broché
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traduit de l'anglais (Inde) par Irène Margit


Chronique Page des libraires, rédigée par Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l’Isle (L’Isle-sur- la-Sorgue)

Ce roman est à l’image de l’Inde, fourmillant, labyrinthique, complexe. Il nous entraîne d’abord sur les traces d’Aftab, devenue Anjum, une « hijra » (hermaphrodite) à la fois mal aimée dans son pays et crainte également, ce qui lui permet de vivre dans une certaine sécurité mais en marge de la société. Anjum est un des personnages centraux du roman, une femme capable d’un amour absolu pour ceux qui composent le clan éclectique qu’elle s’est choisi, ayant été délaissée par les siens du fait de son identité ambiguë. Elle choisit donc de recomposer une famille, dans un cimetière de la ville et c’est entre les tombes qu’elle bâtit au fil des années un lieu unique qui deviendra une « guest house » qui accueillera les pauvres, les sans voix et des hommes et femmes en mal de solitude qui retrouveront à son contact un peu d’espoir, d’envie de vivre ou de mourir paisiblement. Parmi ses locataires, se trouve la mystérieuse Tilottama, une jeune femme triste et révoltée qui a su offrir à Anjum une chose qu’elle n’espérait plus. À travers le portrait de Tilo, c’est tout le destin de l’Inde et de son histoire qui sont évoqués, et notamment les heures noires du conflit opposant l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire. Elle aime un homme Musa, Cachemiri, pour lequel elle acceptera de traverser les zones de conflits pour mieux comprendre les combats de son amant et les absences de celui-ci. Au cœur de plusieurs triangles, voire carrés amoureux, elle est un des personnages clé du roman, une autre voix de femme à écouter et à suivre au fil des pages. Arundhati Roy ne nous épargne rien des guerres et des conflits qui ont pu habiter cette zone du monde pendant plus d’un demi-siècle et dont les grands enjeux sont encore aujourd’hui incertains. Au-delà des problématiques de frontières, ce sont aussi des enjeux religieux qui sont en cause, toujours d’actualité et pour lesquels les minorités sont loin d’être épargnées. Dans une société régie par les castes et les systèmes sociaux, l’auteure donne la parole à ceux que l’on entend le moins, aux laissés-pour-compte du géant indien ! Le tour de force de l’auteure est de nous faire voyager à travers les petites histoires intimes de ses personnages en les mêlant à la grande Histoire de son pays, sans jamais sombrer dans le misérabilisme, avec toujours cette pointe de sagesse et de distance quant à l’inéluctabilité de la vie qui donne à profiter des « petits riens » du quotidien. Il y a souvent plusieurs histoires dans l’histoire, ce qui apporte au texte son caractère labyrinthique et donne une vraie place à tous les personnages secondaires nous permettant de voyager dans cette lecture, presque comme dans une rue de Delhi. Malgré un propos parfois dur, on se laisse emmener avec une véritable curiosité et une certaine jubilation à la suite des personnages hauts en couleur qui habitent ce roman et lui donne toute sa substance. On rit aussi parfois de l’absurdité des hommes et de leurs constructions idéalisées mais on se laisse volontiers embarquer dans cette grande fresque universelle et intimiste bâtie par une des auteures majeures de notre siècle.

« Comment écrire une histoire brisée ? En devenant peu à peu tout le monde.

Non.

En devenant peu à peu tout. »

Le Ministère du Bonheur Suprême nous emporte dans un voyage au long cours, des quartiers surpeuplés du Vieux Delhi vers la nouvelle métropole en plein essor et, au-delà, vers la Vallée du Cachemire et les forêts de l'Inde centrale, où guerre et paix sont interchangeables et où, de temps à autre, le retour à « l'ordre » est déclaré. Anjum, qui fut d'abord Aftab, déroule un tapis élimé dans un cimetière de la ville dont elle a fait son foyer. Un bébé apparaît soudain un peu après minuit sur un trottoir, couché dans un berceau de détritus. L'énigmatique S. Tilottama est une absence autant qu'une présence dans la vie des trois hommes qui l'aiment.

Cette histoire d'amour poignante et irréductible se raconte dans un murmure, dans un cri, dans les larmes et, parfois, dans un rire. Ses héros sont des êtres brisés par le monde dans lequel ils vivent, puis sauvés, réparés par l'amour et l'espoir. Aussi inflexibles que fragiles, ils ne se rendent jamais.

Ce livre magnifique et ravageur repousse les limites du roman dans sa définition et dans sa portée. Vingt ans après Le Dieu des Petits Riens, Arundhati Roy effectue un retour époustouflant à la fiction.
Un voyage à travers l'Inde à la rencontre de différents personnages qui cherchent un refuge, l'amour et le sens de leur existence. Une nuit, un bébé apparaît sur le trottoir. Dans une vallée enneigée, un père écrit à sa fille décédée pour lui décrire son enterrement. Dans une chambre, une femme lit le carnet de notes de son compagnon. Dans une pension, deux hommes s'enlacent en dormant. ©Electre 2019
Format : Broché sous jaquette
Nb de pages : 535 pages
Poids : 545 g
Dimensions : 14cm X 21cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-07-272732-0
EAN : 9782072727320

Du même auteur : Arundhati Roy