Le quai de Ouistreham

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Fiche technique

Format : Broché
Nb de pages : 269 pages
Poids : 335 g
Dimensions : 14cm X 21cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-87929-677-7
EAN : 9782879296777

Le quai de Ouistreham

de

chez Ed. de l'Olivier

Collection(s) : Littérature française

Paru le | Broché 269 pages

Tout public

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Les libraires en parlent

Mme Lydie Prioul (Siel Le Merle Moqueur / Librairie du 104)

On a envie de remercier Florence Aubenas pour cette immersion dans l'univers de la recherche d'emploi des plus démunis. Sa démarche fait écho au "Peuple d'en bas" de Jack London (1905 à Londres, l'écrivain-journaliste tente de survivre dans la rue au même titre que tous les hommes et les femmes relégués de la grande ville industrielle) et s'inscrit dans une tradition journalistique vivifiante pour le lecteur.

Durant six mois, Florence Aubenas a endossé la blouse de femme de ménage aux contrats précaires, aux horaires aussi matinaux que nocturnes,  laissant peu de place au sommeil et à la vie privée. Elle nous dit les douleurs du corps soumis aux cadences délirantes, les brimades et les renvois arbitraires. A travers le portrait de ceux qu'elle croise et côtoie dans son quotidien, c'est la pauvreté de la France d'aujourd'hui qu'elle nous décrit

Mme Florence Lorrain (Librairie Atout-Livre)

Vous n'êtes plus là pour faire du social... Il faut du chiffre. Apprenez à appeler "client" le demandeur d'emploi : telles sont les directives données au personnel du Pôle Emploi, administration qui s'est retrouvée engloutie en quelques semaines sous soixante dix mille dossiers suite à la crise financière de l'hiver 2008.

En février 2009, Florence Aubenas a temporairement quitté son poste au Nouvel Observateur et est devenue "cliente" du Pôle Emploi à Caen afin de comprendre comment les habitants de cette ville et de ses environs vivaient la crise au quotidien. S'étant simplement présentée comme quelqu'un recherchant un travail avec pour bagage un bac littéraire, c'est sa conseillère qui d'emblée lui propose de s'orienter vers la spécialité d'agent d'entretien. Elle se retrouve alors immergée dans un monde extrèmement précaire, où l'on travaille tout le temps, sans avoir vraiment de travail, sans pour autant gagner sa vie

AUJOURD'HUI, ON NE TROUVE PAS DE TRAVAIL, ON TROUVE DES HEURES. Ce qui signifie qu'on jongle avec des CDD (par exemple un CDD de deux jours pour deux heures de travail au total, ou encore un CDD de quatre mois pour quatre heures par semaine), que beaucoup accumulent au point de se lever parfois à quatre heures du matin et de ne pas être rentré chez soi le soir avant vingt heures. Des CDD avec des conditions de travail exténuantes physiquement et stressantes dans la mesure où les employés, subissant la concurrence entre les différentes sociétés de nettoyage, doivent effectuer de plus en plus de tâches en un temps de plus en plus réduit. Autant dire que les heures supplémentaires sont fréquentes. Elles ne sont pas payées pour autant, et on ne le demande pas.

Dans cette région qui fut montrée en exemple il n'y a pas si longtemps, haut bastion ouvrier  qui a subi de plein fouet les ravages de la crise métallurgique, la crise financière semble avoir étranglé tout esprit de lutte contre ce malaise social. La révolte elle-même est devenue impensable. L'exploitation évidente et les humiliations quotidiennes sont acceptées si cela permet d'accèder au rêve suprême : décrocher un CDI.

On aura peur de perdre un CDD au point de ne pas oser se rendre à un pot d'adieu organisé par une collègue qui vient d'être licenciée. Ou encore de refuser un CDD : par exemple, une collègue de Florence Aubenas, madame Tourlaville, cumule trois CDD, dont un qui consiste à effectuer une heure quarante cinq de ménage dans une croissanterie à vingt-deux kilomètres de chez elle. Elle passe non seulement autant de temps en déplacement qu'au travail, mais aussi ne gagne quasiment rien à cause du prix de l'essence. Elle n'a pas refusé l'offre pour autant : Si tu refuses, tu es foutue, disparue, à la trappe. La boîte ne te rappelle jamais. Autre exemple, avec Marilou, autre collègue, sur le ferry, au quai de Ouistreham : Nous avons à peu près une heure de déplacement et d'attente dans chaque sens. Comme seul le temps passé à bord est payé, on perd deux heures pour en gagner une. Le visage de Marilou ne reflète aucune contrariété. Je lui demande : "tu penses que c'est trop de temps gâché pour le salaire qu'on touche?" Elle ne comprend pas. D'où je sors pour ne pas savoir que c'est normal?

Le contraste est choquant entre ces femmes et ces hommes qui survivent au rythme de leurs CDD et les anciens, non seulement avec leur CDI mais aussi syndiqués. Une ancienne de Moulinex, rencontrée par Florence à la fin d'une manifestation, reconnaît qu'elle ne pourrait pas supporter de vivre le travail comme on le vit aujourd'hui.

Douloureux, consternant et humble, ce livre est le fruit de six mois passés à Caen, et il constitue un document journalistique exceptionnel. Florence Aubenas pose peu à peu le décor, rapportant ce qu'elle entend et écoute, tout en faisant le récit de son propre parcours. Sa spontanéité, dans son approche des gens, ainsi qu'une grande qualité d'écoute lui ont permis de faire des rencontres trés sympathiques et de passer des moments chaleureux avec ceux et celles auprès de qui elle a partagé ce qui n'a pas disparu dans ce marasme social : la solidarité.

Son but était d'aller au plus près des gens, et de mettre la crise à hauteur d'homme et de femme, c'est-à-dire rendre visible un monde invisible. Elle a également pu voir comment fonctionnait le tout neuf Pôle Emploi, plus précisément comment les employés vivaient cette situation de crise : souffrance, réelle détresse psychologique face à des impératifs insupportables et à l'absurdité de ce système social qui est peu à peu devenu un système de contrôle où gagner en productivité est devenu la priorité, ce au sein d'un marché où le travail est devenu un luxe.

Mme Tourlaville, qui n'avait pas compris le montant de sa paye, n'a pas osé poser la question : tu comprends, ça ferait mauvais genre. Pour qui vais-je passer? . La directrice d'un centre de vacances à qui Florence Aubenas a osé demander des précisions sur un travail qui était proposé, est affligée par son comportement. Alors, AVIS A CES EMPLOYEURS AFFLIGES : s'ils ne comprennent pas pourquoi ils ont du mal à recruter, pourquoi beaucoup de femmes décrochent si vite, pourquoi il y a si peu de bonne volonté, si peu d'investissement, PEUT-ETRE SERONT-ILS ECLAIRES EN LISANT CE LIVRE?

Florence LORRAIN

 

Quatrième de couverture

«La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée.

Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j'avais trop à faire là-bas. J'ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.

J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre.»

Florence Aubenas

Biographie

Née en 1961, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière de journaliste à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur.

Depuis juillet 2009, elle est présidente de l'Observatoire international des prisons.

Du même auteur : Florence Aubenas