Les jardins d'hiver
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Les jardins d'hiver

de

chez Hervé Chopin éditions

Paru le | Broché 285 pages

Grand format Livre broché
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Les jardins d'hiver

Buenos Aires, 1979. Qui est vraiment Jorge Neuman ? Un écrivain populaire, figure de la résistance à la junte militaire au pouvoir ? Ou un homme totalement détruit par la disparition de sa fille, puis de sa femme ? J'ai rencontré Jorge Neuman par hasard, en pleine Guerre sale. Je l'ai ramassé sur le bord de la route, alors qu'il venait de s'enfuir d'un camp. Il m'a raconté, m'a ouvert les yeux. Il a voulu que je dise au monde entier ce qui se passait dans son pays, mais j'ai eu peur. Je suis rentré en France et lui a disparu. Aujourd'hui, quarante années plus tard, je recherche ses traces partout où il a pu en laisser. Je cherche ceux qui ont croisé sa route, comme le sinistre capitaine Vidal, qui a sans doute assassiné celles qu'il aimait. Je cherche, et maintenant j'ai peur de ce que je vais trouver.
Argentine, fin des années 1970. Un jeune attaché à l'Institut français prend en stop un homme blessé, l'écrivain Jorge Neuman dont la femme et la fille viennent d'être enlevées par les hommes de Rafael Vidal, l'un des chefs de la police secrète. Des années plus tard, rentré à Paris, cet homme décide de retrouver la trace du sinistre Vidal. ©Electre 2021

Francis P. le 09/11/2020

Michel Moatti ne m’est pas un inconnu. Au fil des lectures il m’est même devenu un auteur indispensable. « Alice change d’adresse » m’avait plu, « les retournants » m’avait emballé. À l’instant, ses « jardins d’hiver » viennent de m’enthousiasmer. On y fait la connaissance de Matthieu Ermine, un jeune français de 23 ans qui vit depuis quelques années à Buenos Aires. Un jeune homme insouciant, visiblement indifférent au monde qui l’entoure. Le problème, c’est que nous sommes en 1979, en pleine dictature du général Videla. Le hasard se chargera de lui ouvrir les yeux et de lui faire rencontrer un argentin, Jorge Neuman, qui dit avoir été libéré d’un centre clandestin de détention d’où on ne ressort théoriquement que mort. Sa femme, d’ailleurs, n’en est probablement pas ressortie vivante. Disparue. Quant à sa fille, elle fait partie des victimes de la nuit des crayons, un épisode tragique qui vit disparaître, enlevés par la junte militaire, une dizaine d’étudiants dont le seul tort fut d’avoir manifesté pour obtenir la gratuité des transports pour eux-mêmes. Disparue elle aussi, son corps n’a jamais été retrouvé. La répression de la junte était particulièrement féroce, aveugle, absurde. Il faut se remémorer cette déclaration restée célèbre : « nous tuerons d’abord tous les subversifs, ensuite leurs collaborateurs, puis leurs sympathisants, ceux qui restent indifférents, et finalement, nous tuerons les indécis ». Il faut se souvenir des vols de la mort où des pauvres bougres étaient lâchés vivants d’un avion survolant la mer. Il suffit de se remémorer tout cela, entre autres, pour s’en convaincre : cette dictature là a tout fait pour mériter une place sur le podium des pires saloperies de l’histoire. « Je l’avais rencontré d’une étrange façon. Il était apparu au bord de la route – à l’endroit où la Colectora Sur devient la RP 47, juste avant d’entrer en ville, au sud-est. On devinait des troupeaux dans l’ombre. Des bêtes noires et inquiètes qui s’étaient rapprochées les unes des autres quand je m’étais arrêté sur le côté. L’homme s’était comme matérialisé dans lueur bafouillante des phares. » Les deux hommes se reverront, et l’argentin confiera à Matthieu des documents pour alerter l’opinion publique en France. Las, de retour au pays Matthieu n’en fera rien. Jorge Neuman disparaîtra dans les jours qui suivront leur dernière rencontre et les documents dormiront sagement jusqu’à ce que, quatre décennies plus tard, Matthieu finisse par en faire un livre intitulé « Jorge Neuman, le disparu de Buenos Aires ». Le bouquin lui vaudra une petite renommée ainsi que la sympathie d’exilés argentins restés en France. Qu’est devenu Jorge Neuman ? Que sont devenus los desaparecidos ? Terrible énigme qui parcoure « Les jardins d’hiver ». Les morts sont des morts tandis que les disparus trimballent avec eux d’innombrables questions à jamais sans réponses. Ermine-Moatti entraîne le lecteur dans son enquête sur les heures sombres de l’Argentine et lui fait traverser un roman densément peuplé de faits historiques. Mais aussi de non-dits, de sous-entendus, traversé de zones d’ombre et de fantômes, et lui fait rencontrer des personnages qui se regardent en chien de faïence jusqu’à ce qu’enfin, sourde la vérité. Le lecteur réalise alors que Michel Moatti a réussit la parfaite alchimie entre ces deux parts : l’historique et la romanesque. Et pour finir qu’il vient de lire un superbe, émouvant et salutaire roman. « Je me demandais si c’était la fatigue ou la culpabilité qui m’avait fait voir Neuman , sur le seuil, quelques instants plus tôt. J’avais lu que le deuil – les difficultés à accepter le deuil – pouvait créer ce type d’hallucination. Voir un mort. Entendre les voix des morts. Sentir leur présence. Des émotions proches de celles qui suivent parfois les états de choc. J’avais lu que ces traumas pouvaient aussi engendrer des pertes de conscience, voire des amnésies. Des troubles cognitifs, comme les hallucinations passagères. Mes pensées s’entêtaient, tournaient sur elles-mêmes. J’entendais au loin la voix du docteur Pavón me lancer : – Entrez, vous avez l’air d’un mort. »

Format : Broché
Nb de pages : 285 pages
Poids : 440 g
Dimensions : 15cm X 22cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-35720-548-2
EAN : 9782357205482

Du même auteur : Michel Moatti