Les livres dans l'univers numérique

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Fiche technique

Format : Broché
Nb de pages : 159 pages
Poids : 320 g
Dimensions : 16cm X 24cm
Date de parution :
EAN : 3303331953395

Les livres dans l'univers numérique

de

chez La Documentation française

Collection(s) : Les études de la Documentation française

Paru le | Broché 159 pages

Public motivé

14.50 Indisponible

avec la participation de François Rouet


Quatrième de couverture

Le livre numérique fait la une de l'actualité depuis plusieurs années. Selon de nombreux commentateurs, 2011 devrait voir les «liseuses» ou tablettes électroniques conquérir le public français pour la lecture des livres, après avoir séduit celui des États-Unis.

Cette «révolution» annoncée semble oublier les nombreuses mutations qu'a connues la filière des livres depuis un demi-siècle et au centre desquelles se situe la numérisation de l'information. C'est le propos de cet ouvrage : décrire et analyser ces transformations. Il s'agit de tenir compte de la diversité des situations : les romans ne sont, par exemple, pas concernés de la même manière que des livres professionnels. Nous verrons ainsi que le numérique n'est pas l'avenir des livres puisqu'il est déjà advenu, que ce soit pour leur création, leur édition, leur diffusion et, aussi, leur lecture. Cette influence multiforme affecte donc depuis longtemps la manière dont nous écrivons, nous lisons et, finalement, nous pensons.

Biographie

Christian Robin, maître de conférences en communication à l'université Paris XIII, a mené une double carrière comme professionnel des industries culturelles (livres, disques, cédéroms et web) et enseignant.

Avis des lecteurs

Yann Caroff le 01/12/2019

Belle analyse du monde du livre à l'ère du tout numérique

"Les livres dans l'univers du numérique" par Christian Robin: voilà un livre qui traînait depuis plusieurs années dans ma bibliothèque et que j'ai enfin fini par lire. Et je dois dire que malgré l'évolution très rapide des technologies et des usages, ce livre de 2011 qui cherche à les comprendre n'a pas encore trop vieilli. En démarrant la lecture de ce livre, je pensais qu'il serait surtout question du livre numérique, de sa place dans les nouvelles pratiques de lecture, et des nouveaux modèles économiques. A vrai dire, ce sont surtout ces deux points qui m'intéressaient au départ tant les livres ont toujours eu une place très importante dans ma vie, et tant depuis plusieurs années, le livre au format papier subit à la fois les assauts de son équivalent au format électronique et la concurrence de plus en plus sauvage des autres façons d'utiliser notre temps quotidien d'attention dans le cadre d'une activité sédentaire (télévision, Internet, jeux vidéo...). J'ai vu en quelques années le livre se désacraliser et paradoxalement devenir un support de distinction sociale au sein d'un noyau dur de grands lecteurs, un mouvement très corrélé à la détérioration de la qualité de l'orthographe, elle aussi devenue très fort marqueur social. J'ai vu les librairies disparaître de nos centres-villes (ainsi que l'essentiel des autres commerces de proximité) au même rythme qu'Amazon grossissait, avec ma participation pendant un temps. Et avec tout ce que je dois aux livres, avec ce que je sais être la richesse de ce support de connaissance pluriséculaire, et travaillant quasi exclusivement pour le numérique depuis le début de ma carrière, je trouve important d'essayer de construire une compréhension plus systémique de cet écosystème. Car pour tout dire, avec le temps, j'ai acquis la certitude que savoir, c'est pouvoir, et que le livre est le vecteur privilégié quand il s'agit d'avoir prise sur le monde. La connaissance est un moyen pour chacun d'être acteur de se propre vie plutôt que d'en être le passager clandestin d'un radeau soumis aux fluctuations des flots. Je crois fermement que le livre est un déterminant de premier ordre de paix sociale et de bonheur individuel. Le numérique remet donc en question le modèle économique de l'industrie du livre avec des impacts multiples: la déprofessionnalisation du métier d'écrivain (moins de 1% des écrivains vivent exclusivement de leur plume et de mon point de vue, cette catégorie mass-market ne constitue pas le lot le plus enrichissant), la précarisation des maisons d'édition traditionnelles, la disparition progressive des distributeurs et intermédiaires, et en particulier des librairies. À tel point que lire un livre papier est désormais un acte militant quasi politique. Concernant les livres au format numérique destinés aux liseuses et surtout aux tablettes, l'analyse psychophysiologique montre que l'expérience de lecture est plus superficielle, notamment parce que le simple fait de devoir scroller pour changer de page entraîne une désorientation du regard, sans parler du fait que le rétroéclairage impacte lui aussi la lecture. D'où le besoin de faire appel à l'encre électronique... Il semblerait cela dit que ces problèmes culturels de passage au numérique concernent seulement l'Occident avec son modèle folio. Les Asiatiques habitués à d'autres formats traditionnels et aux idéogrammes À propos des liseuses, je me demande sincèrement pourquoi faire appel à toute ces technologies qui coûtent si cher, qui génèrent des déchets non recyclables, ont un cycle de vie si court, dont l'essentiel finissent au fond des rivières en Afrique, qui utilisent des ressources minières limitées, avec un impact aussi massif sur des filières professionnelles, et qui, cerise sur le gâteau, nous coupent de la sensualité de ce support. Est-ce juste pour le fait de pouvoir emporter des dizaines de livres en vacances sans en supporter le poids physique et faire quelques annotations ? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? À côté de cela, il est de plus en plus admis que le format numérique s'adapte très bien aux usages de lecture fractionnaire (dictionnaires, encyclopédies, cartes géographiques...) typiques des environnements professionnels, mais pour cela, il n'est nul besoin de liseuses. Il est aussi important de dire que les formats et les outils numériques (type Adobe Indesign), au moins pour la facilitation de la création et de la mise en page, a permis l'accès à l'édition au plus grand nombre dans le cadre de l'auto-édition (avec souvent une contrepartie négative sur la qualité des productions), ainsi que l'émergence de tirages de livres en très petites quantités voire à l'unité, d'où la possibilité d'envisager une rentabilisation des éditions pour chaque livre indépendante des effets d'économie d'échelle, permettant à de nombreuses micro-structures d'exister (au détriment du métier d'imprimeur souvent). Au final, le numérique est désormais absolument partout sur le cycle de production et de consommation des livres. Les écrivains n'écrivent plus à la main sur du papier (avec un impact difficile à évaluer sur le processus de création), les éditeurs mettent en page sur ordinateur, les imprimeurs utilisent des machines pilotées par ordinateur, les ouvrages digitaux ou papier sont désormais majoritairement distribués via des plateformes Internet d'e-commerce. Les lecteurs peuvent donner leur avis sur ces mêmes plateformes ce qui court-circuite l'expertise des libraires. Les livres numériques peuvent être indexés et autoriser des recherches ultra-rapides comparé à l'équivalent manuel. Les livres sont à l'image de notre société ultra numérique et connectée. Mais, les études scientifiques montrent que notre cerveau préfère obstinément le format papier pour la concentration, la mémorisation des contenus et l'aspect sensuel. C'est pour cela, plus la prise de conscience de l'impact écologique de nos choix de consommation, que je crois que le livre papier n'est pas près de mourir. Et je m'en réjouis complètement!