Les loyautés
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Les loyautés

de

chez Lattès

Paru le | Broché sous jaquette 205 pages

Grand format Livre broché
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Chronique Page des libraires, rédigée par François Reynaud Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

Parce qu’elle a été violentée par son propre père durant des années et parce qu’elle-même a su le cacher aux yeux de ses professeurs et de ses camarades de classe en se faisant plus transparente qu’un fantôme, Hélène, devenue professeure de français d’un collège parisien reconnaît tout de suite Théo comme « l’un des siens ». Ce qu’elle reconnaît en cet élève, c’est ce mutisme, ces yeux rouges liés au manque de sommeil et l’attitude fuyante de celui qui ne veut pas attirer l’attention. Ils sont pourtant nombreux les collégiens qui ne dorment pas assez et se font tout discret au fond de la classe dans cet établissement. En quoi le comportement de Théo serait-il plus inquiétant que celui de son camarade de banc qui offre le même visage fatigué à cause, certainement, d’une surconsommation nocturne de jeux vidéo ? Certes, l’infirmière de l’établissement a signalé cet élève comme « fragile », mais aucune suite n’a été donnée à cette affaire. C’est qu’il faut avoir un radar intime particulièrement sensible comme celui d’Hélène pour intercepter certains signaux de détresse. C’est ce que Delphine de Vigan appelle les « loyautés ». Ces « liens invisibles qui vous attachent aux autres […] des promesses, des fidélités silencieuses […] des lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps… ». C’est une attention aux autres qui ne s’apprend pas, quelque chose d’instinctif qui précède le verbe, quelque chose d’irrationnel, le pressentiment d’un précipice qui approche. Le lecteur familier de l’œuvre de Delphine de Vigan ne connaît que trop cette impression d’une écriture qui file en permanence sur un fragile chemin à flanc de falaise et résiste comme elle le peut à l’appel du gouffre. Et le gouffre dont il est question dans ce nouveau roman, c’est celui de l’ivresse alcoolique, de son bonheur quand il ressemble à l’oubli. Objet d’un divorce vraiment « pourri », Théo a trouvé dans l’alcool une façon de mettre le monde à distance. Il est tantôt l’éponge d’un père enfermé – verrous et volets – dans une dépression sans issue et le dévidoir à rancœurs d’une mère emplie de haine envers son ex-mari parti pour une autre. Il n’a pas plus d’existence à leurs yeux que celle d’un tampon coincé entre deux souffrances. Devenu expert en la manière de se procurer une bouteille de vodka ou d’autre chose, il se cache dans les couloirs du collège et, à l’abri des regards, partage le goulot avec son camarade Mathis. Il plonge alors dans un univers bienveillant, une « matière hydrophile, invisible, qui le protège » enfin. Il a 12 ans, il est alcoolique. Dès la première ligne de ce roman, le lecteur est saisi. Le tour de force de Delphine de Vigan est de nous faire ressentir l’urgence de la situation et de nous entraîner aux côtés d’Hélène dans une course contre la montre. Nous tournons les pages comme dans un sprint espérant, peut-être, prendre de vitesse l’affreux pressentiment qui se dessine au loin. Arriverons-nous à prendre la main de Théo avant que l’irréparable n’advienne ?

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »
Une exploration des loyautés qui les unissent ou enchaînent Théo Lubin, enfant de parents divorcés, son ami Mathis Guillaume avec qui il se lance dans des jeux dangereux, leur professeur Hélène, marquée par une enfance violente, et Cécile la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. ©Electre 2019
Format : Broché sous jaquette
Nb de pages : 205 pages
Poids : 252 g
Dimensions : 13cm X 21cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-7096-6158-4
EAN : 9782709661584

Du même auteur : Delphine de Vigan