Vert
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Vert

histoire d'une couleur

de

chez Seuil

Collection(s) : Beaux livres

Paru le | Relié sous jaquette 238 pages

Tout public

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Chronique Page des libraires, rédigée par Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres (Paris 14e)

Alors, le vert, couleur de l’espoir ? Bien sûr, mais pas seulement, ni partout, ni depuis toujours. Le statut d’une couleur, le sens et la valeur qu’on lui attribue varient selon les âges et le lieu. Le vert ne figure pas dans les peintures rupestres et les Grecs, par exemple, ne le mentionnent presque jamais. Leur « lexique chromatique [est] relativement pauvre et imprécis », évoquant davantage « des qualités de lumière ou de matière que de véritables colorations ». Au point que la question s’est sérieusement posé de savoir si les Grecs voyaient le vert. Pour Pastoureau, « si, dans une société donnée, une couleur n’est pas ou peu nommée, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas vue mais parce qu’elle joue un faible rôle dans les activités humaines, les relations sociales, la vie religieuse, le monde des symboles et de l’imaginaire ». Car, « pour l’historien, c’est d’abord la société qui “fait” la couleur, pas la nature, ni le couple œil-cerveau ». C’est donc dans les sociétés occidentales, leur histoire, leur littérature et leur iconographie que l’auteur traque la valeur, les symboliques et significations de la couleur verte. La cote du vert monte et descend selon les époques. Nulle chez les Grecs, elle remonte chez les Romains (notamment dans les courses de chars… et la consommation que Néron faisait des poireaux !) où elle apparaît comme une couleur apaisante (regarder une émeraude calmait la vue), devient une couleur chevaleresque au Moyen Âge, où l’on fête le printemps en « plantant le mai », et où l’on fleurette (origine du mot flirt). Couleur de la jeunesse et de la fin’amor, elle devient, à la fin du Moyen Âge, alors que sa cote tombe, diabolique, associée à la maladie, la mort, les reptiles et batraciens. S’il nous semble normal de mélanger du bleu et du jaune afin d’obtenir du vert, il n’en a pas toujours été ainsi. C’est une idée à la fois très ancienne (les teinturiers germains) et moderne qui s’est développée après les théories de Newton et son spectre lumineux, lequel introduit un nouvel ordre des couleurs, le vert se trouvant entre le jaune et le bleu (à la fin du Moyen Âge, il était entre le bleu et le rouge). Les peintres du xvie siècle utilisent des pigments naturels (malachite, vert de cuivre…) et ce jusqu’au xviiie au moins – à l’exception notable de certains vénitiens, dont Bellini et Giorgione. Les enlumineurs, eux, ont eu recours depuis longtemps au mélange ou à la superposition de bleu et de jaune. Aujourd’hui, en pharmacie comme en politique, le vert est « sain, tonique, vigoureux », « libre et naturel ». Sa cote a bien évolué : fini le diabolisme, « le vert est devenu une couleur messianique. Il va sauver le monde. »

Aimez-vous le vert ? À cette question les réponses sont partagées.
En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur
préférée ; mais il s'en trouve presque autant pour détester le vert, tant
chez les hommes que chez les femmes. Le vert est une couleur ambivalente,
sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d'espérance d'un côté,
il est de l'autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures.
Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique
et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique
jusqu'à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été
difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n'est pas seulement celle de la végétation,
mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert
a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l'enfance, l'amour,
la chance, le jeu, le hasard, l'argent. Ce n'est qu'à l'époque romantique qu'il
est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de
l'hygiène et enfin de l'écologie. Aujourd'hui, l'Occident lui confie l'impossible
mission de sauver la planète.

Cet ouvrage est le troisième d'une série consacrée à l'histoire sociale et
culturelle des couleurs en Europe. Sont déjà parus, chez le même éditeur :
Bleu. Histoire d'une couleur (2000) et Noir. Histoire d'une couleur (2008).
Histoire artistique et socio-culturelle du vert à travers les civilisations européennes, de l'Antiquité à nos jours. Le spécialiste des couleurs souligne l'ambiguïté de cette teinte chimiquement instable symbolisant tour à tour, voire simultanément, la vie, la nature, la chance, l'espoir, l'enfance, le hasard, le jeu, l'argent, le poison, le malheur, le démon. Prix Louis Pauwels 2014. ©Electre 2020
Format : Relié sous jaquette
Nb de pages : 238 pages
Poids : 1403 g
Dimensions : 24cm X 25cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-02-109325-4
EAN : 9782021093254

Du même auteur : Michel Pastoureau